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L'Aiglon et le Grognard

Dans ses mémoires, le capitaine Coignet raconte l'anecdote suivante :

"Qu'il était beau, cet enfant chéri ! Il était toujours accompagné du gouverneur du palais lorsqu'il sortait pour le promener. Et cette belle nourrice à ses côtés, et une dame qui le portait. Me trouvant un jour dans la cour du château de St-Cloud, le maréchal Duroc qui l'accompagnait me fait signe de m'approcher. Ce cher enfant tendait ses petites mains pour prendre mon plumet et, me penchant le voilà qui déchire mes plumes. Le ma- réchal me dit : "Laissez-le faire." Cet enfant éclatait de joie ; mais le plumet fut sacrifié et moi un peu sot. Le maréchal me dit : "Donnez-le lui, je vous le ferai remplacer . Et les dames d'honneurs et la nourrice firent une pinte de bon sang. Et le maréchal dit à la dame qui le portait :"Donnez le prince à ce sergent sur ses bras , qu'il le porte." Dieu ! J'allongeai mes bras pour recevoir ce précieux fardeau et tout le monde autour de moi : "Eh bien ! me dit monsieur Duroc, est-il lourd ? " Oui, mon général!" "Allons, marchez avec, vous êtes assez fort pour le porter !" Je fis un petit tour sur la terrasse, et l'enfant arrachait mes belles plumes et ne faisait pas attention à moi. Et moi, vu que ses draperies tombaient très bas, j'avais peur de tomber. Que j'étais heureux de porter un tel enfant ! Je le remis à la dame qui me remercia et le maréchal me dit :"Vous viendrez chez moi dans une heure ; je vous ferai appeler!" Je parais devant le maréchal, qui me donne un bon pour aller choisir un beau plumet chez le fabricant : "Vous n'avez que celui-là ? " "Oui, général !" "je vais vous faire un bon pour deux !" "Je vous remercie, général !" "Allez, mon brave, vous en aurez un pour les dimanches !" Et arrivé près de mes chefs : " Mais vous n'avez plus de plumet !" "C'est le roi de Rome qui me l'a pris!" "C'est plaisant ce que vous dites là !""Hé bien, regardez ce bon du maréchal Duroc, vous verrez la vérité. Au lieu d'un , je vais en avoir deux. J'ai porté le roi de Rome sur mes bras près d'un quart d'heure, et il a déchiré mon plumet !" "Mortel heureux", me dirent-ils. De pareils souvenirs ne s'oublient jamais. Mais, Dieu, je ne l'ai jamais revu : la faux d ela politique l'a moissoné avec le temps" (extrait des "Cahiers du capitaine Coignet".

L'Aiglon et le Grognard
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