A l'annonce, en France, de la mort du fils de Napoléon Ier "Dans chaque chaumière, il y a une image du fils de l'Empereur, couronnée d'immortelles, comme celles du Sauveur pendant la Semaine Sainte.
Beaucoup de soldats portaient un crêpe. Un vieillard à jambe de bois me serra la main tristement, en disant :* "A présent, tout est fini..." nous dit Henri Heine. Les journaux y vont aussi de leurs lamentations. Selon, Le Constitutionnel :"Cette fin obscure d'une vie pâle, et dernier rayon d'une gloire immense qui vient de s'éteindre, quel sujet de tristes méditations !" ; pour La Revue Des Deux Mondes : "Il est mort le pauvre jeune homme, parce qu'il s'est dévoré lui-même, parce que l'air lui a manqué dans cette Cour dont on lui avait fait un cachot. Il est mort parce que se voyant oublié par la France de 1830, il a désespéré de l'avenir..." Mais le mieux est très certainement La Quotidienne qui écrivit que "le prince, sentant sa fin proche, avait fait parvenir au prince napoléon, avec qui il était secrètement en correspondance (ce qui était faux, évidemment...) son testament politique, tout en léguant à son cousin l'immortelle épée de son père. Une gravure fut même éditée montrant l'Aiglon expirant et tenant un parchemin sur lequel on lisait les mots :A mon cousin Louis, l'épée de mon père." Par la fenêtre ouverte un aigle saisit l'épée dans son bec et s'apprête à la porter au futur Napoléon III. C'était préparer l'avènement de celui-ci. De nombreuses illustrations nous montre l'Empereur Napoléon embrassant son fils qui l'a rejoint au ciel tout en lui disant :O, mon fils, devais-tu m'être rendu si tôt ?.
Les poètes et les chansonniers, bien sûr, ne pouvaient rester inactif, parmi eux Béranger, Barthélémy et Victor Hugo.Voici quelques extraits de leurs poèmes respectifs : Dans celui de Béranger, un messager de Vienne vient apprendre à Madame Mère que "Le Fils de son Fils" allait mourir :
Madame, il pleure, il est vêtu de deuil.
Elle sait tout. il faut qu'on la soutienne.
Elle semble à genoux prier sur un cercueil.
"Pauvre orphelin, objet de tant d'alarmes"
Dit-elle après un long effort :
"Adieu ! "l'enfant n'est plus ! Ah ! Tout mon fils est mort
Hélas ! et je n'ai plus de larmes !
Barthélémy, lui , mêle le passé glorieux à ce funeste moment et termine ainsi :
L'heure avait déjà fui ; sous le long corridor
la foule s'écoulait, et je rêvais encore :
Je contemplais les anneaux de cette immense chaîne
Qui lia deux captifs dans les deux Sainte-Hélène ;
Je voyais tour à tour et l'enfant au berceau,
Et le saule qui pleure en gardant un tombeau,
Et tous ces souvenirs de tristesse et de gloire
Se heurtaient à-la-fois dans ma vague mémoire.
Alors, comme apparaît et grandit sur les murs
Un spectre que l'optique esquisse en traits obscurs,
De la place où j'étais, au plafond de la salle,
se dressa lentement une ombre colossale ;
Trois fois elle tourna des regards de fureur
Sur les armes d'Autriche et le vieil empereur ;
Elle éleva trois fois une voix gémissante,
puis, emportant son fils, farouche et menaçante,
L'ombre se recoucha dans son pâle linceul :
Alors finit le songe, et je me trouvai seul.
Et, enfin, le "Napoléon II" de Victor Hugo, :"Tous deux sont mort. -Seigneur, votre droite est terrible !
Vous avez commencé par le maître invincible,
Par l'homme triomphant ;
Puis vous avez enfin complété l'ossuaire,
Dix ans vous ont suffi pour filer le suaire
Du père et de l'enfant !Longue nuit ! Tourmente éternelle !
Le ciel n'a pas un coin d'azur.
Hommes et choses, pêle-mêle,
Vont roulant dans l'abîme obscur.
Tout dérive et s'en va sous l'onde,
Rois au berceau, maîtres du monde,
Le front chauve et la tête blonde,
Grand et petit Napoléon !
Tout s'efface, tout se délie,
le flot sur le flot se replie,
Et la vague qui passe oublie
Léviathan comme Alcyon »
Le théâtre s'empara très vite de la mort du Roi de Rome : Le 26 août 1832, au Panthéon avait un lieu un drame en un acte du sieur d'Ornoy montrant un soldat, un dénommé Müller, ayant vû Napoléon empoisonné par les Anglais à Ste-Hélène, de peur que les Autrichiens n'agissent de même avec le fils, décide de le conduire en France, Reichstadt tombe en syncope et rend l'âme ; le 8 septembre, au "Théâtre du Peuple", Grangé faisait reprendre Vienne et Schönbrunn. Un prédécesseur de Flambeau révélait au duc le secret de sa naissance et le pauvre duc mourait en serrant sur son cœur l'épée de Napoléon. Deux jours plus tard, au Théâtre du Vaudeville, première du Fils de l'Empereur de Duperty, Fontan et Coignart. Ici aussi, un soldat de la Vieille Garde révélait à Reichstadt qui était son père et voulait le conduire en France pour le guérir...Mais, hélas...! De nombreuses autres pièces du même genre auront lieu sous Louis-Philippe et Napoléon III, mais la plus célèbre reste sans contexte, celle d'Edmond Rostand : L'Aiglon, drame en six actes, en vers, représenté, pour la première fois ,le 15 mars 1900, au Théâtre Sarah Bernard avec , dans le rôle titre, la grande Sarah Bernard. La pièce, même si elle connut un succès moindre que Cyrano connut de nombreuses reprises théâtrales et plusieurs adaptations cinématographiques.
La première adaptation de l'Aiglon au grand écran eut lieu en 1909 et était intitulé Le Roi de Rome, le réalisateur était André calmettes et c'était Rolla Norman qui jouait le rôle de Napoléon II ; l'année suivante Calmettes faisait un nouveau film sur le sujet L'Aigle et l'Aiglon avec Philippe Garnier (Napoléon Ier) et Jacques Guilhène (Napoléon II adulte). Jean-Pierre Mattei dans son livre : Napoléon et le cinéma, un siècle d'images répertorie 14 films sur ce sujet, le dernier étant, en 1965, L'Aiglon de Pierre Badel avec Serge Ducher (Napoléon II) et Pierre Dux (Flambeau). Dans les années 1970, eut lieu une série télévisée "Les Mohicans de Paris" dans laquelle d'anciens officiers de Napoléon tentent, en vain, de faire revenir le fils de leur Empereur en France.
- gravure représentant Marie-Louise et "François-Charles" à Schönbrunn : -
J'erre dans ce jardin, triste solitude,
Où pénètre avec moi la sombre inquiétude ;
Venez tendres objets de mes justes alarmes,
Dans mon sein maternel,venez cacher vos larmes
Puissé-je vous cacher dans mon triste destin
Le reget déchirant qui s'attahe à mon sein,
Fils du Grand Napoléon un jour vous connaîtrez
Si ce sont de justes soupirs donnés à l'Amitié"
- Napoléon reçoit son fils au Temple de la Gloire : -
Comme un rêve brillant qui meurt comme le flot
A travers son exil il contemplait la France
Et condamnant tout bas sa muette vaillance
De sa fatal enigme il tourmentait le mot
Mais en vain l'Océan de ses tombes profondes
Prétendit séparer et le Père et le Fils
NAPOLEON-REICHSTADT, admiré des deux mondes
Immortels, sont du moins par le trépas unis
- L'Aiglon (valse chantée), paroles de Louis Antonin et musique de G. Albert : -
Quand l'aiglon n'est plus roi des hauteurs
Quand il est captif dans la vallée ; Ainsi
Que les mirages trompeurs, Sa puissance est
envolé ; Privé d'espace et loin de son ai-
re, L'ennui l''étreint comme un linceul, Sa
vie, hélas ! est un calvaire, Sans liberté, l'ai-
glon meurt, seul !- L'aigle de nos ba-
tailles fut le soldat heureux,- Dé-
pas-sant toutes tailles, Chez les plus grands des
preux,-L'Aiglon : L'enfantqu'on nomme,
Destin trop fatal- Le petit Roi de
Rome, Mort loin du sol natal, -
Pays de France, Garde en ton
cœur ;- La souvenance de
l'Empereur, Pour ta vaillan-
ce, Pour ton renom-De l'Aigle im-
mense, Et de l'Aiglon! Quand l'Ai…."
- L'Aiglon, film de 1931 -
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