Retour à la page d’accueil


Mystère à Senlis

G. Lenotre, dans son livre "Napoléon, Croquis de l'Epopée", au chapitre intitulé "Point d'interrogation", nous parle d'un bien curieux mystère s'étant déroulé, jadis, à Senlis (Oise) que je vais essayer de résumer ici.

Croquis de l'épopée
- Croquis de l'épopée, de Lenotre -

En 1848, vint s'installe, à Senlis, un couple d'allemands : Les Fritsch ; ceux étaient accompagnés d'une jeune fille de 16 ans appelée Eugénie. Monsieur Fritsch donnant des leçons de musique dans les meilleures familles de la ville, la société Senlisienne adopta très vite Eugénie. Très vite, une rumeur courut à son sujet : Les gens bien informés prétendant l'avoir rencontré aux Tuileries, il n'en fallut pas plus pour que, sachant l'intérêt que Napoléon III portait au beau sexe, celui-ci avait pour elle des "attentions".

1870 : C'est la guerre contre l'Allemagne. Les Fritsch déguerpissent. Ils sont aussitôt traités d'espion, toutefois, on est fort surpris que Eugénie ne les ait pas suivi. On lui fit subir un interrogatoire et les réponses obtenues furent des plus étranges :
-Question : Pourquoi n'avez-vous pas suivi en Allemagne Monsieur votre père ? -Réponse : Parce que M. Fritsch n'est pas mon père !
-Q. : D'où êtes-vous ? -R.: Je ne sais pas!
-Q. : Mais quel est votre nom ? -R.: Je ne sais pas !
-Q. : Quels sont vos parents ? -R. : Je ne sais pas!
Vérification faite? Eugénie ne mentait pas : Elle n'avait pas d'état-civil. L'enquête devait démontrer que le professeur Fritsch et sa soi-disante épouse n'étaient pas mariés, celle qui se disait sa femme était, en réalité, une demoiselle de Lunck dont Eugénie allait prendre le nom désormais, mais pour Senlis, elle restera toujours Mlle Fritsch.

Interrogatoire...
- Interrogatoire d'une femme sous le Second Empire (gravure tirée des "mémoires de Monsieur Claude, chef de la Police de Sûreté Nationale") -

Lorsque les Prussiens occupèrent Senlis, Eugénie se montra des plus aimables envers eux, logeant chez elle des officiers,et, épargnant aux Senlisien certaines rigueurs et parvint à adoucir le sort de quelques captifs Français en Allemagne. Mais une telle conduite renforçait, pour certains les soupçons d'espionnage, aussi lisait-on son courrier sans rien lui trouver de répréhensible; Eugénie, d'ailleurs, se moquait du "Qu'en dira-t-on ,". Le 24.12.1870, à 5 heures du soir, elle se présenta à la mairie, portant un paquet enveloppé de linges : L'hôtel municipal était rempli de soldats allemands ; sans gêne ni pudeur, d'un air hautain, elle dit : -Je viens déclarer la naissance d'un enfant !...Oui, c'est celui de ma bonne ; je ne m'étais aperçue de rien jusqu'au moment de la naissance ! Aucun médecin, aucune sage-femme n'avait assisté à l'accouchement ; l'enfant, un garçon, fut inscrit "né de la demoiselle Claire Kling, âgée de 34 ans, native de Darmstadt". En raison de la date, il fut nommé Noël-georges-Eugène. Quelques jours plus tard, un dénommé Raoul-Théophile, comte de la Pommière de la Pomariski, cadet prussien d'origine polonaise, "enlevait" Eugénie. On apprit, quelques temps après, que leur mariage avait été célébré à Rome, par le pape Pie IX en personne, dans une chapelle du Vatican, mais la bénédiction du St-Père ne porta pas chance au couple, car ils se séparèrent après quelques semaines d'union orageuse.

Le pape Pie IX
- Le pape Pie IX -

1873 : Les soldats Prussiens sont partis de Senlis depuis un bon moment déjà, mais le "couple" Fritsch fit sa réapparition. Le "mari" repit ses cours de piano qu'il cumula avec celle d'inventeur et s'installent rue St-Yves-à-l'Argent. Si les "retrouvailles" avec les habitants, étrangement, se passèrent plutôt bien, en revanche, quand Eugénie vient les rejoindre, l'accueil est bien plus froid. Les Senlisiens semblèrent avoir oublié ce qu'ils devaient à cette dernière. La fausse madame Fritsch décéda en 1885, et le professeur de piano en profita pour se marier avec une jeune et belle irlandaise dont il eut des enfants qu'il ne vit pas grandir, car il périt écrasé par une voiture dans une rue de son quartier.

Seule, désormais, dans la vieille maison de la rue St-Yves-à-l'Argen, Eugénie vivait de mystérieuses ressources. Elle se promenait à la campagne vêtue de robes à traînes voyantes, roses, vert-choux ou lilas vif, coiffée d'un chapeau de bergère et maniant une de ces minuscules ombrelles naguères mises à la mode par l'impératrice Eugénie.

chapeau de bergère
- chapeau de bergère. C'est ce chapeau que portait Eugénie de Lunck. -

Les gamins la suivaient et l'accablaient de quolibets. Comme dans chacune de ses sorties, elle s'informait de tout, interrogeant les paysans, pénétrant dans les fermes et posant toutes sortes de questions, la rumeur disant que c'était une espionne reprit de plus belle, mais chaque fois qu'on la dénonçait, arrivait un ordre du Ministère ou d'ailleurs : "laissez-là tranquille, nous en faisons notre affaire !". L'âge venant, elle sortait moins souvent ; on savait qu'elle s'absentait fréquemment de senlis sans que l'on connût l'endroit où elle se rendait ; on était informé de son retour par les fournisseurs auxquels elle ouvrait elle-même la porte. Bientôt, elle ne l'entrebaillait plus ; on plaçait ses vivres dans un panier qu'elle descendait de sa fenêtre au bout d'une ficelle. Elle boucha sa boîte aux lettres avec des chiffons, supprima sa sonnette et vécut sans feu, sans servante. Un beau jour, elle reçut la visite d'un prélat romain qui, en sortant de chez elle, eut un long entretien avec le curé de Senlis dont rien ne s'ébruita. Un soir de fête publique, en 1904, la recluse sortit de son antre, en robe de soie vert pomme, et place de la halle, dansa un calke-walk échevelé avec un gendarme et un hussard.

En 1909, une voisine, inquiète du silence qui pesait chez Mme de la Pommière, prévint les autorités. On força la porte et on trouva la pauvre couchée sur un ignoble grabat. La municipalité de Senlis décida de la faire interner à Clermont où elle obtint un régime de faveur : Jolie chambre, piano, sevante et des égards. C'est là qu'elle mourut en 1923, âgée, suppose-t-on de 91 ans. On l'enterra sous le nom de d'Eugénie de Lunck, "se disant veuve du comte de la Pommière". C'est alors que l'on apprit une chose incroyable : M. de Maricourt, en feuilletant une collection du Gaulois découvrit l'annonce d'une fête donnée, à Paris, par la comtesse de la Pommière ; à la rubrique "Déplacements et Villégiatures", le NewYork Herald mentionnait, de temps à autres, que ladite comtesse "avait quitté son hôtel de Senlis et recevait chez elle, rue Balzac à Paris". M. de Maricourt se quêtes d'invités ayant assisté à ces fêtes ; il en trouva et, avec stupeur, il entendit de nobles dames appartenant au plus grand monde, lui raconter combien les soirées de la comtesse étaient brillantes :C'est la princesse de Hohenlohe qui la présenta à la société parisienne. De son origine, on ne voulait rien dire, sinon que sa naissance était très haute et très légitime ; un passeport lui fut délivrée en 1873 par la police de Paris la signalait comme native de Vienne (Autriche), de parents français. Cela faisait 4 ou 5 ans que Eugénie de Lunck était internée à Clermont quand un étranger passa par Senlis et s'informa d'elle : C'était un frère de feu Fritsch, le maître de musique. Apprenant que la comtesse de la Pommière était internée, il s'indigna : "Comment le gouvernement Français n'a-t-il pas eu plus d'égards pour une telle femme ? Pourquoi l'Etat ne lui servait-il pas une pension ?"-Mais à quel titre ,"-"Eh quoi ! Vous ignorez donc qu'elle est la fille du duc de Reichstadt ?...." Cette incroyable nouvelle émut les Senlisiens : On se rappela qu'on avait trouvé chez Eugénie un portrait du roi de Rome et un portrait de Napoléon ; même, en les montrant un jour à une paysanne, elle avait dit :"Voici mon père et voici mon aïeul." Personne, alors, n'avait ajouté foi à un tel propos. On se souvint aussi que du taudis de la rue St-Yves on avait retiré, pour la déposer en mains sûres, une malle pleine de papiers. On commença l'inventaire de ce fatras ; mais la plupart des pièces étaient en allemand et on remit à plus tard le soin de les traduire. Cela se passait en 1914. A la fin d'août, Senlis était envahi par les Allemands, incendié, et les papiers de l'inconnue disparurent dans le désastre. Depuis lors, le mystère s'épaissit. Toutce que l'on apprit c'est qu'une agence de successions en déshérence, ayant entrepris de retrouver les héritiers de la comtesse de la Pommière, dépêcha à Vienne l'un de ses agents les plus experts : Il n'en rapporta rien, sinon la certitude que, dans la ville ex-impériale, la tradition subsiste encore de la naissance d'une fille de l'Aiglon et d'une dame d'honneur de la cour.


<-- Page précédente Accueil Haut de page Page suivante -->

La naissanceLes jours heureuxL'Aiglon et l'EmpereurL'Aiglon et le Grognard Les AdieuxSchönbrunn
La légendeMystère à SenlisLe retour des cendresLes liensLe webmasterLe livre d'or


Copyright©2005 L'Aiglon par l'Image - Tous droits réservés.


Classement de sites - Inscrivez le vôtre!
[Hebdotop.com]